Une horrible tragédie endeuille notre territoire. 27 personnes ont hier trouvé la mort dans la Manche après que leur embarcation de fortune ait chaviré.

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Mes pensées vont d’abord à la famille et aux proches des personnes disparues. Personne ne mérite de mourir noyé dans la Manche en essayant de chercher une vie meilleure.

Je salue le travail, nuit et jour, des forces de l’ordre, des pompiers, des sauveteurs en mer, qui repoussaient depuis de nombreuses semaines déjà cette terrible nouvelle que tous nous redoutions.

Les efforts surhumains déployés n’ont malheureusement pas été suffisants. En réalité, rien de plus de la part de ces hommes et ces femmes remarquables n’aurait pu permettre d’éviter ce drame.

Après le temps du deuil vient le temps des questions.

Si la présence humaine et technologique ne permet pas de dissuader les migrants de traverser, au péril de leur vie, que faire? 

Se concentrer uniquement, comme le propose le gouvernement français, sur une augmentation des moyens (buggy, caméras…) financés par les Britanniques et sur le démantèlement des filières mafieuses, est largement insuffisant. 1500 passeurs ont été arrêtés depuis le début d’année. Cela n’empêche pas les morts de s’accumuler.

Rejeter uniquement la faute, comme le fait le gouvernement britannique, sur la France, est une hypocrisie destinée à masquer des difficultés politiques internes au parti du Premier Ministre Johnson et marque le refus d’examiner les raisons de l’immigration.

Nous devons, collectivement, pour sauver des vies, refuser les solutions inefficaces.

Ces solutions inefficaces que nous devons rejeter, nous les connaissons car nous les avons déjà expérimentées :

- Une augmentation des moyens financiers donnés par les Britanniques, car cela n’empêche pas les passages tout en renforçant notre position de « sous-traitant » de la politique migratoire anglaise.
- La création de point de fixation pour les migrants dans le Calaisis, car cela offre aux passeurs une manne de malheureux prêts à mourrir.
- L’augmentation de la présence des associations no-border sur le Calaisis, car elles incitent les migrants à refuser l’aide de la France et la mise à l’abri proposée dans des centres éloignés de Calais, comme cela encore expérimenté avec le sas, qui a dû être fermé car les migrants refusaient, sur les conseils de certaines associations étrangères, de monter dans les bus.

Dès lors, pour sauver des vies, il faut innover et admettre une réalité simple : une fois qu’un migrant est à Calais, c’est trop tard. Il tentera toujours de traverser. Et donc des passeurs seront toujours là pour les faire périr contre de l’argent. Il faut donc à tout prix éloigner l’ensemble des migrants du Calaisis.

La seule solution viable, c’est celle que je préconisais déjà en 2017 : faire du Calaisis un « territoire 0 migrant ». Comment? 

L’Etat a financé plusieurs milliers de places dans les centres d’accueil, partout en France. Ces places sont vides. Pourquoi? Parce que la mise à l’abri se fait sous la forme du volontariat. Tant que nous resterons sur la base du volontariat pour la mise à l’abri des migrants, les centres ouverts partout en France seront vides, la Manche pleine de corps, les poches des passeurs remplies.

Il est possible, en droit français, de retenir pendant plusieurs heures un étranger pour vérification du droit au séjour. A l’issue de cette vérification, l’étranger sans titre peut être placé en Centre de rétention administratif. Il est donc légalement possible de contraindre un étranger en situation irrégulière à aller dans un lieu dédié décidé par l’autorité administrative ou judiciaire.

Dès lors, il est imaginable de forcer l’ensemble des migrants en situation irrégulière sur le Calaisis à aller dans les centres d’accueil et d’examen des situations, ouverts partout en France. Ces centres ne sont pas des centres fermés. Libres aux migrants d’en partir. Mais ils savent que s’ils remettent un pied sur la bande littorale, ils seront renvoyés dans ce centre.

Mis à l’abri, extirpés des griffes des passeurs, les migrants pourraient alors se reposer, avoir un toit, manger. Et la France pourrait enfin leur proposer des conditions décentes de vie. Les migrants feraient le point sur leur parcours : déposent-ils une demande d’asile en France ou ailleurs en Europe? Au Royaume-Uni? Demandent-ils un titre de séjour en France? Si rien de tout cela n’est fait, alors le devoir de la France est de renvoyer ces migrants dans leur pays d’origine.

Les Britanniques ont aussi un rôle majeur à jouer, au moins sur deux points : la demande d’asile et leur droit interne.

En ce qui concerne la demande d’asile, les Britanniques exigent que les migrants aient les deux pieds sur leur sol pour qu’ils puissent déposer une demande d’asile. Concrètement, cela veut dire que le gouvernement Britannique met sciemment les migrants dans les mains des passeurs pour traverser la Manche. Les Britanniques doivent autoriser les migrants à demander l’asile au Royaume-Uni même s’ils sont encore en Europe continentale. Dès lors, les migrants qui se verraient protégés par les Britanniques pourraient traverser sans danger la Manche, et les migrants déboutés pourraient demander l’asile ailleurs.

En ce qui concerne le droit interne britannique, il est temps de traiter les causes de l’immigration au Royaume-Uni, et pas simplement les conséquences : ce qui y attire les migrants, c’est la vie en communauté. Ce qui y attire les migrants, c’est le travail clandestin institutionnalisé. Ce qui y attire les migrants, c’est l’absence de contrôles d’identité une fois au Royaume-Uni.

Au lieu de rejeter la faute sur la France, le Royaume-Uni devrait commencer par changer ses propres lois. 

Pour arrêter de repêcher des morts dans la Manche, il est temps d’agir et de sortir des sentiers battus. Il est temps de protéger les migrants et la population Calaisienne. Il est temps de prendre des décisions fortes et énergiques.